Cyberhacèlement, le sujet épineux

 

Il y a une dizaine de jours j’ai été invitée à assister à une conférence sur le cyberharcèlement organisée par aufeminin et Heyme dans le cadre des Learning Days by aufeminin.

Quand tu es parent, le mot harcèlement te file la même boule au ventre que celle que tu avais la veille de l’épreuve de philo qui déciderait de ton avenir à moyen terme. Sauf que là ça concerne le fruit de tes entrailles, la prunelle de tes yeux, la chair de ta chair, ce petit rôti de 3 kilos 600 que tu as eu tant de mal à faire sortir et qui maintenant lève les yeux au ciel quand tu fais une blague un peu lourde.
Je pense qu’en France en 2019 on a tous plus ou moins entendu parler de cyberharcèlement, que ce soit dans les médias, par d’autres parents d’élèves ou par les professeurs qui évoquent parfois le souci lors des fameuses réunions de rentrée que tout un chacun espère courtes. Des questions on s’en pose tous à ce sujet, et ce soir là pour nous aider à répondre nous avions des intervenants de choix:
Nora Fraisse, de l’association Marion la main tendue, Gilles Vallet, pédo-psychiatre, Jordan, YouTuber de la Chaîne Beautyction et Mathilde, médiatrice de la conférence et fondatrice d’Orenda


Tout d’abord il faut bien comprendre qu’aucun milieu n’est épargné, école privée, publique, quartiers populaires ou non, on est tous dans le même bateau pour le harcèlement. Et il est fort probable que nos enfants soient tous confrontés à cette forme de violence, au moins une fois durant leur scolarité, que ce soit en tant que victime, harceleur ou comme témoin.

 

Vous avez été nombreuses à me demander un retour suite à la conférence, je vous ai donc listé ce qui m’a semblé essentiel de retenir, et donc j’ai choisi de parler avec Fantine qui entre doucement dans le monde de l’adolescence auquel son père et moi aurons bientôt un accès limité.

 

 

La caractéristique principale du cyberharcèlement c’est de ne pas laisser de répit aux victimes. 

Le cyber harcèlement se déroule en grande majorité sur les réseaux sociaux, qui sont à nos ados ce que le babyfoot étaient à nos parents, un lieu de vie du groupe où se nouent et se dénouent amours et amitiés. Et c’est en ça que le bât blesse car les réseaux sociaux ne s’arrêtent pas aux portes des établissements scolaires (c’est même d’ailleurs là qu’ils commencent). Les réseaux sociaux suivent nos enfants partout, cela peut être une formidable porte pour les amitiés mais aussi une fenêtre ouverte à la malveillance jusque dans leur chambre, faisant de ce téléphone tant désiré un objet de torture qui les relie aussi bien à leurs amis qu’à leurs bourreaux. Là où avant la maison était un cocon dont les insultes ne passaient pas le pas de la porte, à cause aux réseaux sociaux, le harcèlement entre jusque dans la chambre des victimes qui ne sont plus jamais tranquilles.

 

 

 

 

Il y a trois acteurs dans une situation de harcèlement:

La victime, le harceleur, et les témoins silencieux, qui malgré leur passivité, jouent un rôle essentiel. Par leur silence, ils valident les actes des harceleurs et donnent l’impression au harcelé qu’il est seul contre tous. Souvent les enfants qui assistent à ces violences, verbales ou sur les réseaux, préfèrent se taire de peur d’être écartés du groupe, ou pire harcelés à leur tour. Il faut parler de cet aspect avec nos enfants pour qui cela peut-être un cas de conscience mais qui peuvent finalement être à l’origine d’un dénouement heureux d’une situation tendue.

 

 

Un enfant harcelé ne parlera presque jamais à ses parents.

Il a honte. Honte d’être rejeté par le groupe, honte d’être le faible qui ne sait pas se défendre et en plus il finit par croire qu’il est réellement ce dont les harceleurs l’accusent. Je pense préparer pour Fantine une liste de contacts en cas de besoin, peut-être directement dans le répertoire de son téléphone (le numéro vert 3020, le numéro net écoute : 0800200200 le site de l’association Marion une main tendue). De cette façon, elle les aura sous la main, pourra s’en servir sans avoir à passer par un adulte qu’elle connaît où pourra peut-être les communiquer si elle reconnaît quelqu’un en souffrance.

Ne pas négliger les dommages collatéraux au sein des fratries:

 

Si la colère et la violence ressenties et exprimées par un enfant harcelé est un indicateur pour des parents démunis, elles peuvent se répercuter sur ses frères ou soeurs qui risqueraient à leur tour de l’exprimer contre un autre enfant.

Harceleur un jour ne veut pas dire harceleur toujours:

Harceler n’est pas un acte anodin et  Il y a fort à parier que si un enfant s’est mis dans la position du harceleur c’est qu’il subit ou a subi la même chose que la victime à un moment dans sa courte vie. Evidemment cela n’excuse en rien son attitude, ses mots ou ses gestes.


A la maison nous avons toujours été attentifs à ce que les filles nous racontent de leurs journées, les copinages, les petits incidents de cours d’école, et avec l’entrée de Fantine au collège, nous redoublons d’attention car dans un gros établissement où le fossé entre les sixième et les troisième peut-être abyssal, c’est d’autant plus facile pour un élève de se sentir rejeté ou mis de côté. J’ai actuellement l’impression d’être un funambule qui essaie de ne pas tomber dans les travers de la mère intrusive en mode “raconte moi TOUTE ta journée dans le détail” et celle qui se contente d’un “ouais” quand elle demande si la journée s’est bien passée. Allez, plus que 7 ans avant la quille les mecs, on tient le bon bout!